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Ici, l'on conte des chroniques relatives aux îlots centraux
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Yule
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Premier hiver :

Tap...Tap...Tap...Tap
Le volet claudique contre la pierre au rythme de la bise froide. Des rires nerveux d'enfants filtrent malgré les carreaux givrés, des petits pieds qui courent d'un étage à l'autre, martelant le plancher dans leur embardée.

DILING

Voilà qu'on pousse la porte qui heurte le carillon. Des éclats, la chaleur. Des embrassades et d'autres rires encore. C'est la félicité. Mais oui, vous entendez ce miaulement ? Un bébé, une petite fille ! "Elle est vive comme son papa" "Elle a les yeux de sa mère".

DILING


Les chaises sont tirées, le maître reçoit les visiteurs les uns après les autres. Famille, voisins, notables. La maison se rengorge de sa fierté comme une poule de son œuf, oui une enfant, encore. On dit que sa femme a du sang de d'jhi, le saviez vous ?
On sort la vaisselle, les chopines.

DILING

Oncle Janneck ! Tante Solé ! Le bébé est vigoureux, oui oui, Geillis va bien. Mettez vous au chaud, entrez donc. Oooh, ne serait-ce pas le violon d'oncle Janneck qu'on entend ? La ronde des femmes continuent, chacune loue les qualités de ce petit bout de chair tendre. Si fragile éclat au creux d'un froid si rude.

DILING


Il faudra rester debout cette fois. Il fait chaud, les femmes retroussent leurs manches et les hommes ont quitté leurs gilets. On chante, on cause, les petits pieds font la ronde. On boit, on blague. Doucement le jour baisse, la nuit enveloppant leur cocon. Il se fait tard. Au revoir, A demain, A bientôt.

DILING ! DILING ! DILING...

Alors, as-tu réfléchi, comment allons nous l'appeler ?
Une enfant de l'hiver, une enfant du solstice. Oh oui, nous l'appellerons Yüle.

Ne pense à rien, là...là... Mon doux, mon joli bébé. Je suis là.
Ne pense à rien qu'à moi. A ton papa. A ses voix qui deviendront familières.

tap...tap...tap
Yüle Van Delbaeth
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Yule
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Troisième Eté

Porte qui vrille -tu vas la casser cette porte un jour- et sans taper les chaussures sur le seuil -on ne vit pas dans une porcherie- les enfants s'engouffrent dans la maison comme ils peuvent.

- Màma ! Màma !


Le garçon débraillé, à peine plus grand que sa sœur, tourne dans la grande pièce du bas en criant. Il y a urgence, la situation lui échappe. La grande tient la petite sous le bras, singeant par son air compassé l'attitude maternelle, lui plaquant sur le pif un mouchoir déjà bien imbibé.


- Màma ! Viens vite ! Màma ! Yüle saigne y'en a partout !
- Penche la tête en avant ! En avant j'te dis !
- J'ai envie de vomiiiiir
- Respire par la bouche, respire bien
- MàmaAaAaA ! Des sanglots et des trémolos dans la voix geignante
- Elle arrive, pleure pas, assieds toi, doucement, bien, penche la tête, par la bouche !
- Màma !
- Oui voilà, voilà j'arrive.


Descendant de son atelier de tissage, Màma arrive le petit dernier plaqué contre sa hanche. Une grande ligne barre son beau front lisse, un pli sévère pince le coin de ses lèvres fines, augurant un sermon quand l'orage sera passé. Le bébé joue négligemment avec ses cheveux, bien innocent du drame qui se joue là avec ses aînés. Au moment où elle touche le plancher des vaches, un affreux gargouillis remonte du plus profond des entrailles de la petite blessée.

- Argh, c'est dégoûtant !
- Tiens Finn, prend ton frère !
Lui collant d'autorité l'enfançon dans les bras.
Qu'est ce qu'il s'est passé Cate, elle s'est battue encore ? Je vais chercher de l'eau fraîche et mes teintures, tiens lui la tête en avant.
- C'est parce que Finn...
- C'est pas ma faute !
- Prompte à se défendre pour un innocent. J'écoute Cate !


Màma commence à éponger sang et vomissures avec des linges propres et froids. Caressant le dos de la petite éclopée à chaque haut le coeur.

- C'est le fils de Mallaury, il a commencé à se battre avec Finn, parce qu'il l'accusait d'avoir triché. Ils allaient se battre, et Yüle... Yüle s'en est mêlée, elle l'a traité de menteur et de fils de sinan

Cate baisse la voix, comme pour atténuer la grossièreté qu'elle lâche dans un souffle

- Et là il lui a dit qu'elle était qu'une tare, une sale hybride... Alors elle s'est jetée sur lui pour lui en coller une... Il l'a assomée, d'un coup comme ça !

Cate rejoue la scène mimant le geste du poing qui s'abat puis coule un oeil à sa soeur qui à ses mots se met à pleurer à chaudes larmes. Pas trois ans, et déjà un caractère retors. Mauvaise comme une vieille mule celle-là, dit oncle Janneck quand il la plaisante.

-Tu avais triché Finn ? Impossible d'échapper au regard scrutateur, Màma quand elle vous regarde, on dirait qu'elle peut voir les bêtises que vous vous apprêtez à faire avant même que l'Etre soit au courant.
- Nan M'ma
- Bien. Comprime encore mon chat, c'est en train de s'arrêter de saigner. Pourquoi tu pleures, tu as mal ?
- ... Je lui ai même pas fait maaaaal
- Ce qu'il a dit était méchant et faux. Le mensonge est une hérésie, c'est le péché du Tallikion. Cela se paie toujours Yüle. Mais je ne veux plus que tu te battes. Cela me déçoit beaucoup.

- Pardon Màma.

Et le renardeau se remet à sangloter contre sa mère, frères et soeur venant entourer d'affection son petit cœur et sa fierté meurtrie.

- Dégoûtant !
- Gah gah !
Yüle Van Delbaeth
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Cinquième été :


L'air est encore chaud, un peu lourd, comme le sont souvent les soirs d'été. Les lumières douces imbibent tout ce qu'elles touchent d'une aura de feu contrastant avec le gris orageux amoncelé au lointain.
Un souffle d'air bienvenu caresse les graminés qui oscillent ensemble comme une vague qui roule dans les champs. On entend au loin les bruits alentours, un meuglement, mais c'est surtout le chant des grillons qui domine.

Le corps de ferme semble plus petit en contrebas, vu des quelques collines complaisantes qui entourent la propriété. Les gamins s'activent aux dernières tâches de la journée avant l'heure de détente du soir.

La petite rouquine, Yüle, a tôt fait de rentrer les poules à l'abri des prédateurs, remettre litière et foins aux lapins, arroser les pois et les fleurs de Mà. Flanquant l'arrosoir en vrac, elle court, le chien enthousiaste sur les talons, vers les prés.
Quelques minutes après, son frère prend sensiblement le même chemin, semant ses sabots au milieu de la cours, puis la sœur, qui s'efforce de ne pas trop presser le pas.

Tapie à la manière des chats entre les herbes folles, la renarde saute, toutes mains tendues devant elle. Face à l'échec, sa motivation ne fait, elle, que croître. Quand enfin ! Elle tient dans ses mains le précieux sésame.

- J'en ai un ! Un gros ! L'enfant danse d'un pied sur l'autre, gardant ses mains jointes en cage.
- Moi j'en ai deux grosses vertes ! Caaat ! Caaat ! Viens ! Laisse tomber !

Cat arrive, un bocal de confiture vide à la main, elle le débouchonne et offre l'ouverture à son frère.

- Vas y Finn, mets les d'dans.
Deux sauterelles vertes issue des plus grandes lignées de ravageurs atterrissent dans un petit -poc- sur le verre.
- A toi ! Transmission du bocal à la benjamine du trio
- Tu crois pas qu'ils vont se manger entre eux ?
- Mais non, enfin j'crois !
Répond l'aînée
- J'veux pas qu'elles mangent Alphonse !
- Elles vont lui gober la tête comme ça.


Et Finn de mimer, bras tendus, grimaces à l'appui, l'horrible scène. Avec le délice de la peur feinte, sa jeune sœur pousse un petit cri strident et, tout à son jeu, oublie d'en tenir correctement ses mains. Le grillon lui, n'oublie pas de sauter.

- J'ai perdu Alphonse ! Reviens petit criquet, on te donnera pas aux sauterelles !
- Ouai, reviens Alphoooonse !


Les enfants renoncent vite et s’assoient ensemble. L'herbe rêche gratte un peu. Ça devise à bâtons rompus sur le régime des sauterelles

- Cat, tu crois qu'elles nous mangeraient si y'avait rien d'autre ?
- T'inquiète, si y'a plus rien, j'suis sure qu'elles boufferont les sinos.
- Ah ah ! On leur fera à la sauterelles à ces raclures !
- Wouuuh
- Ouai, c'est la guerre !


Les rires, les blagues, la surenchère fuse.
La guerre ! C'est comme une vieille tante lointaine dont on parlerait à chaque repas sans jamais la voir. On redoute qu'elle vienne un jour taper à notre porte et qu'on se confronte à sa moustache et son odeur de vieux chat, mais dans le fond, on est convaincu que ça n'arrivera pas.

C'est un beau soir d'été.

Au loin du côté de l'orage deux hérauts en armure cavalent sur la route sinuant vers eux. Petits points grossissants, annoncés par un voile de terre bouffant derrière les sabots de leurs montures.

Ils ne le savent pas encore. Certaines visites arrivent précisément quand on ne les attend pas.
Dernière modification par Yule le 09 mars 2019, 14:03, modifié 1 fois.
Yüle Van Delbaeth
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Sixième Automne

A l'orée de la Nuit viennent les confidences et les prières. Ils sont ensemble, mais la pénombre les isole chacun dans leurs pensées. Le nid douillet devient repaire, le familier se fond là où les bougies n'éclairent pas. Màma est là, assise, au coin du feu, elle aussi perdue entre l'ici et son ailleurs. Ils ne sont plus que trois désormais, et ils comptent sur elle seule.

- Mà, nous sommes venus te souhaiter la bonne nuit.

Elle se détourne et force un doux sourire qui ruisselle de ses yeux à sa bouche. Regard ne pourrait être plus caressant que le sien en cet instant.
Le trio se tient là en chemise de nuit, mollets au froid, propres et attentifs. Jamais vraiment sages, toujours l'un pour pousser l'autre du coude. Mais quelque chose a changé aussi en eux. L'insouciance cache quelque chose dans ses replis. Il y a une gravité enfouie sous les rires.

- Approchez donc, canailles.

L'inspection commence. Entre deux baisers et trois brefs câlins.

- Yüle, ses ongles auraient mérités d'être brossés d'avantage. Nous ne vivons pas comme des courte-jambes ici. Finn, ne cache pas les tiennes, tu me feras le plaisir de te peigner avant le coucher. Cat, n'oublie pas les serments.
- Bonne nuit Mà !

L'aînée embrasse Mà sur la pommette, et mène bougeoir à la main sa sœur cadette à leur chambre. Finn lui dort à présent seul. La flamme est posée sur une vieille console qui sert d'autel. La pièce est propre, ordonnée, les rideaux de lins habillent avec sobriété les fenêtres. Les deux poupées de chiffon sur le lit attendent leurs propriétaires, l'air béat éternellement brodé sur la face.

Cat prend la parole, sur le ton de la confidence.

- Nous rendons grâce à votre protection. Nous confions à Vos soins nos disparus.

Yüle dispose quatre petites statuettes un peu grossières de bois, l'une représente manifestement un petit enfant, les trois autres des adultes. Cat jette un regard hésitant, voyant sa soeur tripoter nerveusement ses mains. Elle lui en prend une finalement et la serre fort dans la sienne.

- Veillez s'il vous plaît sur ceux qui nous manquent.

Et ensemble de clore le rituel d'une même voix :

- Nous serons loyales, nous serons sincères. Nous nous tiendrons devant vous droites comme le juste devant la lumière. Dans la confiance de l'Etre.

Cat souffle la bougie. Elles se glissent sous les draps frais, un peu trop frais. L'une contre l'autre, c'est le moment des confidences.

- Il va revenir Cat ?
- Il nous a promis !
- Je sais mais... hmpf...


Un petit coup de coude adroitement placé vient taire toutes objections ou poisse. Le silence à la rescousse des pensées qu'on ne doit pas s'avouer. Long, long et impossible de le briser. Et au bord des lèvres ce qu'il ne faut pas formuler. La rouquine le mâche et remâche encore, sans s'autoriser à cracher le morceau. Elle sent sa sœur mollir dans le poids du sommeil. Et puis à un moment, elle dort tout à fait. Sa chaleur contre la sienne, leur deux cœurs à l'abri sous la couette. Tout peut être dit, aux oreilles qui n'entendent pas.

- et si il revient pas... comment on fera ? et Mà ?

Soulagée de son fardeau, elle roule sur le côté et s'endort enfin, un sommeil de juste, un sommeil d'enfant.

Au coin du feu, une mère soupire.
Dernière modification par Llaria le 10 mars 2019, 08:55, modifié 1 fois.
Raison : comptabilisé en notoriété ainsi que les 3 précédents.
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Septième Hiver

C'est un matin de givre. Il fait froid bien sur, mais c'est un froid cotonneux, mat. Le ciel est bas, les toits des maisons fortunées tutoient les nuages lourds de neige.

L'exil des campagnes est bien amorcé, comme beaucoup d'autres de la région, ils ont dû fuir leurs terres pour se nicher derrière des murs fortifiés.

- Nous sommes mieux lotis que la plupart. Leur répète souvent Mà.

Parce qu'eux ils avaient un toit qui les attendaient.

Ils avaient tenu bon jusque là.
Jusqu'à ce que quelques morts guidés par un blasphémateur s'aventurent sur la propriété. Cela pouvait passer pour un avertissement, ça en était surement un, a dit Mà.

Ce jour là, Yüle s'en souviendra toujours. De la peur, des morts relevés, abîmés, qui nous ressemblent mais ne sont pas nous. Les morts ne parlent pas, ne pensent pas. Des morts qui les ont chassés, et de leur nécromant, au loin, à distance, comme au spectacle. Elle en rêve parfois, du sinan, qui sourit en les voyant fuir, fondant de son ombre sur leur maison, à eux. Et eux, ils n'avaient plus rien qu'eux, ou presque. Mais c'était l'essentiel, elle avait envie de le croire.

On entend plus loin sonner le rappel de leur chapelle. Les trois têtes avancent dans la rue, croisant leurs camarades. Ça se salue, ça court. Yüle musarde, le chien sur ses talons. Lui aussi il a l'air de s'habituer à son nouveau domaine. Il se couche quand la petite maîtresse arrive à destination, et l'attend jusqu'à sa sortie.

La porte du presbytère du quartier ne carillonne pas, mais quand on entre, quelle chaleur ! La pièce est agréable, l'hiver les bancs sont arrangés en éventail autour du poêle, au fond de la pièce.

Marcus et sa femme Anya les accueillent d'un sourire. Yüle s’assoit devant. Ça fait bisquer Finn et Cat, enfin, c'est ce qu'elle croit. Quand tout le monde est installé, elle chante les louanges puis tous reprennent avec elle le refrain. C'est quelque chose, elle en a conscience. Cat n'en revenait pas, Mà était sobrement fière quand ils lui ont raconté ça. Depuis c'est comme ça, c'est elle qui mène le chœur, pendant qu'Anya semble aux anges.

Nous sommes tous, enfants de l'Unique, artisans du Créateur !
Par nos mains, un monde pacifique, s'ouvrira devant nos coeurs !


D'abord elle ne sait pas vraiment si elle d'accord avec cette chanson. Mais la question ne se pose pas, enfin pas ouvertement. A 7 fingeliens on commence à comprendre qu'il faut se taire au moment opportun.

- De toute façon, l'important, c'est de rendre grâce à l'être. Assène Cat pour couper court.
- Ouai, tu pourrais peut-être essayer de changer les paroles l'air de rien. A quoi ça sert sinon d'être la préférée ? Anya dira rien si c'est bien chanté...
Le grand et la petite se marrent, réjouis d'avance.
- Finn ! Arrête de lui donner des idées pas possibles.
- T'inquiète, elle le fera pas. Hein Yüle ? Tu serais pas cap' de toute façon ?

Les manteaux et les gants déposés sur le clou dans l'entrée. Le rire de Yüle qui résonne au plafond et se heurte à la stupeur des aînés.
Mà debout, les yeux embués. A table là, un fantôme du passé.

- Les enfants.

Pà est revenu. Je crois. Les morts ne parlent pas. Ses bras sont encore assez grands pour les tenir tous contre lui.
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Hrp : note au lecteur : Yüle aurait certainement chanté quelque chose comme cette chanson pour l'oraison : soleil soleil

Septième Été


Le soleil les écrase, comme des insectes. Les badauds ont abandonné les avenues et leurs pierres brûlantes et leur préfèrent les traverses ombragées. Ne restent que les lézards et les chiens couchés sous l'ombre maigre des porches. Ça pue encore plus sous ce cagnard, une odeur qui prend à la gorge, entre l’ammoniaque et le rance. L'odeur chasse le bruit dans la cité, s'il fait trop chaud pour gueuler, on attendra le froid pour battre le pavé.

Finn détestait ça. Le bruit, la ville. Il avait tiré la tronche plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'il demande à Mà, un après midi, quand est-ce qu'ils rentraient. Elle n'avait rien dit d'abord, et puis, doucement les mains sur ses épaules, elle avait répondu par une question, comme elle le faisait souvent : - C'est si difficile que ça ?

Ça l'était. Pour lui.

Et c'était tout. Même Cate n'avait pas moufté.

Yüle, ne se demande plus si l'avant lui manque. L'avant a un goût de lointain. Il s'estompe dans un souvenir peint à la craie. Il lui reste les jolies couleurs vives, les contrastes saillants. Yüle est dans le présent. Elle compatit parce qu'elle adore Finn. Elle respecte sa maussaderie. Elle joue le jeu des "tu te rappelles". Mais à ce jeu, c'est Finn qui mène et qui enchérit, qui invoque et qui ressasse. Finn a l'âme d'un homme de la terre, prisonnier d'un domaine de calcaire.

Elle y pense parfois, à la nostalgie de son frère. Elle y a pensé en chantant l'oraison du solstice. Elle y a pensé si fort, quand l'Etre appelle le soleil pour réchauffer leur peine, que des yeux ont brillé à la fin de son couplet. Elle a tenu si fort à leur dire, combien les collines, les vagues de blé et le silence de tout manque à Finn, que ce soir là, autour du brasero de la Place des Pélerins, ils n'ont pas applaudit.

Ils étaient avec elle dans son présent.

Ce soir là, peu après le souper, un coup frappé à la porte vient rompre la douce quiétude de Pà et Mà devant leur tisanière. Cate fait entrer Marcus et Anya avec toute l'hospitalité dûe aux servants de l'Etre.
Pà n'en semble pas surpris, à peine sent-on quelque chose d'une fébrilité dans le ton de Mà quand elle propose thé, miel et biscuits, qu'Anya accepte poliment.

Cate a le droit de rester avec les adultes maintenant, en retrait, tandis que Yüle et Finn sont envoyés dans leur chambre. Pendant un moment ils restent sur leur seuil, tentant de capter quelque chose de ce qui se dit.

Et puis enfin, la voix de Pà s'élève plus forte :
- Cate, va chercher ta soeur, je te prie.

Yüle dans ses petits souliers, examine rapidement sa conscience. Rien qui ne mériterait un châtiment particulier, non ?

Mà est debout derrière Pà assis. Ses yeux brillent légèrement. Pà n'a pas sa ride du lion annonçant les gros orages.

Elle entend de loin, encore longtemps après, ce qu'ils ont dit ce soir là. Ne reste que les couleurs vives, le sourire rassurant d'Anya, la poignée de main entre Pà et Marcus. "C'est un grand honneur Yüle" "Ce choix t'appartient" "Elle est encore bien jeune pour choisir" "Tu te rends compte, Astoria !"

Le choix était fait avant qu'il se présente. Elle savait, elle allait juste parfois oublier, qu'elle avait toujours su.

Dans son 8ème Hiver, Yüle Van Delbaeth devint l'apprenti d'Astoria dite "Chant d'oiseau".
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Douzième Hiver

"Observe tout, n'omets rien"

Les premières instructions d'Astoria furent à la fois simples et déconcertantes : fais-toi oublier, écoute, apprends.

Yüle joue les touche-à-tout, s'intéresse, expérimente. Sa maîtresse y veille.
Musique, Histoire, Politique. Il s'agit de ne pas s'endormir sur ses lauriers. Sculpture, Danse, Sciences. L'élève suit, cherche l'approbation dans le regard critique de son aînée dont la personnalité gaie et licencieuse compense l’exigence. On pardonne tout à ceux qui servent l'Art, ou presque.

Fascinante Astoria.

Difficile de résister à une telle assurance, ce sourire franc. Le temps a encore peu de prise sur la Ménestrelle qui égraine derrière elle les plus folles rumeurs, et les plus belles odes. A ses mots se suspendent et naissent mythes et héros. Sa réputation n'est plus à faire et la précède à travers son lyrisme. Insigne honneur, d'autres qu'elles reprennent ses vers. Moins bien. Les jeunes amants pleurent ses rimes aux fenêtres de leur belle, les soldats chantent ses lais après la caserne.

On la réclame, beaucoup. Sa présence seule suffit comme argument pour attester de l'importance d'un mariage, d'un banquet.

Le Ministre Yurgen l'invite dans toutes ses campagnes. Sous sa protection, elle bénéficie même d'une résidence permanente au château.

Yüle vit et ronronne dans les pas de sa tutrice. Son esprit s'aiguise et s'épanouit naturellement dans le cadre qu'elle lui donne. Au fil du temps, son œil s'affine, comme ses accords, et la joie d'Astoria apparaît parfois artificielle. La fossette de son sourire est souvent forcée, le rire s'émaille de fatigue.

Astoria se dérobe à bien des obligations envers son mécène.

Elle observe, ce regard d'envie devant une mère cajolant son dernier-né.
Elle n'omet pas la voûte résignée des épaules quand elle quitte l'atelier pour visiter Pà et Mà. Et le soulagement quand elle lui revient.
Elle écoute le chagrin tût de l'Aède.

Avec Yüle, Astoria a trouvé une consolation. Sa cage lui paraît plus grande depuis qu'elle vole à ses côtés.
Elle lui apprend que cette vie hors norme, pour une jeune fille, pour une femme, fait peu d'envieuse.

Et Yüle s'en moque. Elle s'affranchira.

C'est la volonté de l'Etre.

Elle n'a que 12 hivers.
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Seizième Printemps

Cate ployant sous son gros ventre avait arrangé la couronne de fleurs sur sa crinière de feu. Des pivoines, des freesias, du lierre, des épis de blés encore verts. L'ensemble était charmant et prêtait un air sage au minois fripon qui n'avait de cesse de s'admirer. Vaniteuse. Des rondeurs encore dans les joues, l'œil de biche, et deux fossettes hâlées de tâches de son.
Mère avait tenu à être là, Yüle n'aurait pas voulu faire sans sa sœur, et Astoria évidemment. Il y avait eu quelque chose de fébrile et d'anxieux entre les 3 femmes qui entouraient leur oisillon avant la cérémonie. La fête du printemps aurait aussi pour elles le goût d'un achèvement.

Oh oui, quelque chose se terminait, pour mieux reprendre son envol.

Elle avait rejoint les autres jeunes gens célébrant comme elle l'été à venir. Pour eux aussi, de l'impatience. Des jeunes filles portent sur leurs épaules les lourds espoirs de parents ambitieux. Les garçons, eux, ont hâte de faire leurs preuves. Plus des enfants, à peine des adultes.

Yüle danse, libre feu follet au milieu des fleurs fragiles.
Dans sa robe de lin blanc, une épaule négligemment offerte, la ceinture corsetée à sa taille, les rubans flottant à ses manches, ses sandales battent la mesure d'un pas décidé. Et ce n'est pas son minois, ni son sourire agréable mais quelconque, qui attise les égards et multiplie les invitations, comme la lumière prend aux pièges les papillons.

Danser, tourner, changer de bras.

Yüle ne baisse pas les yeux, elle n'a pas peur. Personne pour la retenir, elle ne joue pas la fausse pudeur. De la candeur, il y en a encore, juste ce qu'il faut.
Elle ne cherche pas les compliments faciles qui la font rire d'un rire qui désarme. Elle a appris toutes ces années, en silence. Elle attendait ce jour où elle aussi prendrait part à la fête.

Elle danse, elle volte, dans les bras du jour qui tombe.

Des jambes fatiguent, le vin est doux et tourne les têtes. Encore un quadrille ? Celui qui la regarde, là bas ? Oui, avec lui, elle dansera. Elle veut savoir, ce que ça fait de tourner dans ces bras là. Elle veut l'entendre sourire à son approche. Elle veut qu'il devine, et qu'il ne se trompe pas.

Non, je ne suis pas ce genre de proie. Tu danseras avec moi, tu veux bien ?
Et si je le décide, si tu le veux bien, tu seras à moi. Et si tu le décides, si je le veux bien, je serai à toi. Jusqu'à d'autres bras.

Il est merveilleux d'être désirée, de ne jamais connaître l'ennui, de ne goûter qu'au bonheur de la conquête. Non elle ne s'en ennuyait pas, elle en devenait experte, de printemps en hiver, d'hiver en été. Très peu pour elle, les amoureux transis, jaloux et querelleurs. Non merci les promesses, les "plus jamais", les cœurs échaudés.

- Oh, il était beau, si beau, j'ai tant aimé ses baisers. Et celui qui était blond, il avait une façon de.... Oooh, c'est vrai... l'Etre me fasse rougir, comment peut-on s'en lasser, Astoria ?

Plus tard, elle comprendrait mieux la réponse fendue d'un soupir de son aînée. Et l'indulgence d'un sourire, sans vanité, qui semblait dire : je sais, j'ai appris, un jour aussi tu apprendras.

- Ne s'en lasse que celle qui veut un jour être aimée, et pas seulement désirée.
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Dix-neuvième Été

Les cavaliers avancent en file indienne au pas, des montures légères chaloupant dans la boue d'une nuit orageuse. Les queues fouettent les mouches plates et les taons qui harcèlent aussi bien les chevaux que les cavaliers, parfois un sabot impatient se soulève et les fesses tressautent sur leur destrier. Une voix de femme, un peu rauque de ses envolées éthyliques de la veille, fait écho aux rires de ses voisins. Point de casque sur cette tête rousse auréolée d'un béret piqués de plume. La jument à la croupe pommée connaît son travail mieux que sa partenaire qui ne fait, manifestement, pas grand cas du chemin.

C'est une de ses premières sorties sans Astoria qui se calfeutre dans ses murs, affaiblie par une mauvaise toux. Quelques fois, elle l'a remplacée à la demande impérieuse du ministre pour tel cortège ou visite officielle. Cette fois c'est tout différent, elle va vers l'aventure. Les éclaireurs avancent droit vers le comté voisin, coupant à travers le couvert des bois pour gagner un bourg reculé à l'orée d'un plateau calcaire. Il y aurait eu des pillages, les sinans vont de plus en plus loin sur la frontière ouest.

Yüle s'est invitée, et eux, ils l'ont accepté. C'est une chance d'avoir une Ménestrelle, peut-être seront-ils demain les héros d'une histoire qu'on chantera dans toute la cité et même au delà ?

Le silence de la tête de file rattrape les suivants, de la fumée s'élève au loin. La jeune femme reluque l'air préoccupé de son voisin de selle qui siffle son second à 20 pieds devant. Une talonnade, il se détache au galop. Hors de question de manquer ce qui se dit. D'un claquement de langue elle encourage sa monture à faire de même et se cale à côté du Capitaine.

- On est juste à Louvières, c'est 9 lieues au dessus ...
Le second, Daven, fronce les sourcils. Plus d’œillade malicieuse, ni d'attention courtoise. Daven lui rappelle Finn par certains côtés, les bons toujours. Ils ont le même âge surement.
- Resserrez la colonne Lieutenant. Et tenez vous prêt.
- A vos ordres.
L'homme à la barbe clairsemée de sel se tourne vers la renarde et lui intime d'une voix calme de rester à l'arrière.
- Je ne pourrais pas assurer votre sécurité en première ligne, restez bien avec la compagnie. Vous avez une lame, vous savez vous en servir ?
Yüle dénude légèrement la garde de sa dague au fourreau.
- Si je suis obligée, je crois que je saurais. Elle badine encore.
- Tenez, gardez le dans votre botte, si vous tombez de cheval... Lui tendant son propre canif.

Passé deux lieues, les premiers survivants affluent.
Sur le bord des routes, des hommes surtout. Tirant une charrette, portant un braillard, menant une bête rétive sauvée des flammes. A mesure du chemin, les épaules des rescapés se voûtent, des corps sales, des pieds nus, des petits garçons et des fillettes tirés par la main d'une mère qui n'est pas la leur.
Puis cette jeune femme, le visage tuméfié, cachant d'un bras tremblant sa poitrine.

Les soldats réconfortent, offrent des couvertures, de l'eau. Et poursuivent leur route.

D'aventure, il n'y en a plus. Si son cœur lui fait mal, ce n'est pas de bondir, c'est de se serrer trop fort.

A Louvières, le désastre.

Le bourg empeste, les trois quarts des chaumières finissent de cramer avec leurs occupants. Des cadavres jalonnent les rues, certains d'enfant. Des yeux qui ne verront plus tournés vers le Ciel. L'odeur est insoutenable. Il n'y a rien à sauver. Ce n'est pas juste ça non ? Mais qui a dit que ça le serait.

Ecoeurés, ils brûlent par dizaine les défunts, elle n'a plus le coeur de chanter pour eux. Elle le fait pourtant, pour que sa voix les guide vers l'Etre et sa lumière. Par devoir. Pour se sentir utile. Pour réconforter ses camarades.

Et au village suivant, et celui d'encore après.
Au bout des 9 lieues, ils deviennent insensibles.
Et Yüle Van Delbaeth se met à rêver de vengeance et de canif enfoncé dans la gorge d'un homme habillé de noir.

Quand les éclaireurs rebrousseront chemin pour faire leur rapport à la compagnie, elle reviendra avec Daven et l'infanterie.
Jamais nul autre qu'elle ne narrera si bien le retour des cavaliers, épée au poing, bannière au vent, et la reconquête des Hauts Dalgen.
Yüle Van Delbaeth
J'adore parler de rien, c'est le seul domaine où j'ai de vagues connaissances.

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Yule
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Saisons

Message par Yule »

Dix-Neuvième Automne

La porte se referme doucement, le bois gonflé d'humidité racle contre le seuil. Le nez chatouillé par la brume et les odeurs de brûlés du petit matin, elle descend tranquillement, un pas après l'autre vers une des artères de la Cité. Elle n'est pas pressée, elle n'a pas grand chose à faire, l'oisiveté c'est ce qu'elle préfère. Etonnamment d'ailleurs, notre Renarde aime sa solitude, un luxe auquel il est difficile de s'adonner quand c'est la popularité qui statue sur votre succès. Au gré de sa promenade, elle flâne d'une pensée à l'autre. Manger un bout, passer voir Cate et les petits, pourquoi pas laisser le hasard la mener jusqu'à la Caserne...

Son pas claque mollement vers la Place des Rémouleurs qui s'éveille au gré de ces camelots installant déjà leur bazar. Baissant les yeux, elle se glisse entre deux étals pensant échapper à ce petit monde.


- Bin c'est t'y pas qu'elle est pressée ! Hé Belle Journée 'moiselle Yüle ! Z'êtes bien matinale !
La harponne Gustave, un fieffé joueur de dés. Un peu tricheur sur les bords. Ils le sont tous.
- C'est que c'est le meilleur moment...
- Pour fuir le lit d'un galant ouai ! La coupe net Marika, qui tire sa petite charrette de tourtes à la viande et aux pommes.
Quelques rires gras s'élèvent auxquels elle joint le sien.
- Toujours Pucelle Marika ?
- Dans le mille !
Gustave compte les points.
- Un tourton tu veux bien, 3 sous ça ira ? Elle paie la vendeuse et s'éloigne sans tarder, croquant dans le chausson encore tiède.

Où en était-elle ? A tout hasard, oui ça alors quel hasard, elle pourrait croiser Daven son amant de l'Eté, et pourquoi pas de l'Automne après tout. Une moue friponne s'esquisse en aparté. Hier encore, il y avait de bonnes raisons de mettre des dist....

- Gaaaare à l'eau !

Dégoutant.
Un peu plus et c'était pour sa pomme ! Quelques gouttes n'ont pas épargné ses bottes qui heureusement en ont vu d'autres. Par précaution quand même, elle rabat sa capuche bien haut sur sa tête, s'enveloppe dans les rabats de laine, et saute au dessus du caniveau pour se rapprocher du haut du pavé. Elle aime ce détour dans le quartier des artistes en tout genre. Là l'atelier de Maître Poliès, son Mécène va passer bientôt l'arme à gauche il paraît. Quelques apprenties, les yeux encore ensommeillés, pressent le train jusqu'à la porte suivante de la Modiste Siloë. Elle fait fureur en ce moment, avec cette mode de mettre des pompons de fourrure venant des steppes galdures à qui mieux-mieux.

Un peu plus loin, coincée entre deux grandes façades, une enseigne pimpante à la peinture encore fraîche attire son attention : "Obéron". Derrière le verre martelé, sur des étagères tendues de vermillon, s'alignent impeccablement les plus délicates sculptures qu'elle ait pu jamais voir : comme nées du bois, de l'écume de mer ou encore de l'ivoire, oiseaux, cerfs, renards, tabatières et autres pendentifs attendent leur futur acquéreur. Ses yeux s'arrondissent, et son front tutoie dangereusement la vitre pour mieux voir. Fondue dans sa contemplation, elle ignore le battement léger de la porte et la tête ébouriffée qui en sort.

- Vous pouvez entrer si vous voulez.
Elle sursaute à peine.
- Oh... et si je ne veux pas ?
Elle se tourne et quitte à regret son examen, repoussant des deux mains sa capuche de sa tête pour se découvrir par politesse. Il lui offre un de ses sourires qu'elle lui rend bien, solaire
- Mais vous voulez bien. Venez, il fait meilleur à l'intérieur, je suis en train de travailler sur une nouvelle pièce.

Sans plus de façon, le jeune homme s'écarte pour la laisser passer et entrer dans l'échoppe minuscule. Ca sent le bois bien sur, un peu piquant comme l'épicéa. Et le genévrier. La porte ouverte au fond laisse deviner un atelier douillet, dans son jus, le sol semé de débris et de copeaux. Mécaniquement elle tend sa cape à son hôte, et la conversation s'installe. Ils sont faits dirait-on, pour s'entendre. De cet accord où les minutes deviennent des heures, où midi sonne déjà. Déjà ? Déjà. Déjeunons ensemble, parlons encore. L'après midi s'invite, il y a bien une pensée pour son lieutenant, mais après tout, il y a le temps encore... Voilà que le soir s'allonge, un dîner, des rires, pas de maladresse entre ses deux là. Il la retient ou elle n'a pas envie de partir, on ne sait plus trop. Cette fois, il est vraiment tard, mais personne n'attend plus, n'est-ce pas ?

La réponse se scelle dans un baiser ardent.
Yüle Van Delbaeth
J'adore parler de rien, c'est le seul domaine où j'ai de vagues connaissances.

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