Une jeunesse brisée [achevée]

Ici, l'on conte des chroniques relatives aux îlots centraux
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Minoth
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Une jeunesse brisée [achevée]

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Prologue

Pour celles et ceux qui ne me connaitraient pas, je suis Minoth, un Elfe Noir vivant sur les ilots centraux. Je suis au service de la Matriarche, ou du moins l'ancienne Matriarche, Kharya, et membre des Adeptes de Denetos dirigés par mon frère d'armes Orodreth, où j'y endosse le rôle de Bourreau.
L'histoire que je vais vous conter n'est autre que mon passé, loin de Séridia. Mes souvenirs ne sont pas tous intacts, mais il m'en reste bien assez pour être suffisamment précis. Je n'aurai pas la prétention de dire que je serai objectif, car c'est impossible. En revanche, je tâcherai dans la mesure du possible d'être loyal envers vous, lecteurs, vous qui comptez découvrir ce qui m'a conduit ici.

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Chapitre 1 : Alfastra

Près des courants déchainés qui mènent aux ilots centraux, il existe une ile discrète nommée Alfastra, une ile dominée par les Elfes Noirs, c'est-à-dire par ma race et donc mon peuple. C'est une ile où quelque chose d'assez rare s'était produit : une communauté d'Elfes Noirs s'y était regroupée il y a fort longtemps, avant même l'arrivée de Gaed'estr, et s'y était développée et agrandie au fil des Fingéliens. Ils y étaient désormais plusieurs centaines, et leur présence était, je suppose, restée inaperçue.

Alfastra était une ile luxuriante, avec des sous sol gorgés de minerais divers et variés. Pour couronner le tout, la terre y était très fertile. Cette abondance de richesse permit au commerce de se développer. Au centre de l'ile se trouvait une montagne, sur laquelle s'était érigée la capitale d'Alfastra, là où demeurait la Matriarche et sa famille.

A ma naissance, la Matriarche qui dominait l'ile portait un nom difficilement mémorisable, à tel point que son surnom, qu'elle détestait à juste titre, était bien plus connu : Flétrissure. Moi en revanche, je me souviendrai toujours de son nom. Elle s'appelait Flerissünadagar Saïnath. Je l'appelerai ici Fleriss, tels que ses proches l'appelaient.

Ce surnom de Flétrissure, elle le devait à l'état dans lequel se trouvait Alfastra. Les Elfes Noirs peuplant l'ile vivaient dans des conditions de plus en plus difficiles, principalement à cause de pénuries de nourriture, et où le peuple mangeait difficilement à sa faim. L'époque où Alfastra était une ile prospère s'éloignait de jour en jour. La vie était en somme devenue pénible pour la plupart des Elfes Noirs d'Alfastra. L'opinion générale de l'ile, c'était que tous les maux dont étaient victimes l'ile et ses habitants étaient le résultat du manque d'aptitude de Fleriss à gouverner. Flétrissure, c'était donc pour la désigner comme le symbole d'une ère qui arrivait à son terme, qui avait fait son temps.

Je n'ai jamais connu mes parents. Je ne sais pas qui ils étaient, ou s'ils sont toujours en vie. Mais j'avais eu le privilège d'être élevé par la famille de la Matriarche Fleriss, à la capitale. Je fus élevé en particulier par l'un de ses propres frères, Deossan, qui fut mon premier maitre d'armes. C'est à lui que je dois ma passion pour l'art du combat. De tous ceux que j'avais pu rencontrer, c'était l'un des rares Elfes Noirs à la musculature imposante. Sa simple présence imposait le respect autour de lui.

La Matriarche n'avait pas d'enfant. Mais je grandis avec ses nièces et neveux, qui par un hasard fabuleux devinrent tous des amis proches. Mon enfance fut très correcte, je ne manquais de rien. On m'inculqua les valeurs de courage, de loyauté, et plus généralement ce qu'était le bien et ce qu'était le mal, mais aussi qu'il fallait être méfiant, ne pas être naïf. On m'enseigna aussi des histoires autour des ilots centraux des Landes, décrits comme un véritable enfer, ainsi que de nombreuses histoires sur d'autres peuples absents d'Alfastra, tels que nos cousins pâles ou les humains. Durant mon enfance, j'eus assez peu de contact avec Fleriss. Elle semblait extrêmement occupée par sa fonction de Matriarche, et ne disposait même que de peu de temps pour ses propres nièces et neveux.

Lorsque nous arrivions à l'âge des soixantes Fingéliens sur Alfastra, c'est-à-dire lorsque notre corps et notre esprit étaient suffisamment développés pour devenir un Elfe Noir apte à devenir responsable, et donc ne plus être considéré comme un enfant, la tradition voulait que chaque Elfe Noir terminât son éducation par une dernière formation qui durait douze Fingéliens. Une sorte de spécialisation. Même si en réalité, cette tradition se perdait petit à petit. Non pas qu'elle était mauvaise, mais la vie sur Alfastra était devenue trop difficile, à tel point que seuls ceux qui avaient des accointances de près ou de loin avec la Matriarche pouvaient se permettre de faire leur formation. Autrement dit, mes amis et moi n'en n'étions donc pas dispensés. Il allait de soi que par l'influence qu'avait eu Deossan sur moi, j'allais m'orienter vers l'art de la guerre. J'avais le privilège là aussi d'avoir non loin de là où j'avais grandi, à la capitale, les plus grands maitres d'armes Elfes Noirs d'Alfastra. J'y commençai donc ma formation de guerrier. Ce fut également le moment de me séparer de tous mes amis. En effet, leur formation nécessitait qu'ils partissent à différents endroits d'Alfastra, loin de moi. Certains allaient devenir de grands nécromants, certains de grands mages, d'autres de grands savants... J'étais le seul de ma génération à devenir guerrier. C'était un honneur pour moi d'être formé par les plus grands guerriers, que j'idolâtrais.
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Chapitre 2 : Sea Missaï

Ma formation de guerrier arriva à son terme à mes soixante-douze Fingéliens, comme prévu. Je n'ai jamais été de nature vantarde, mais j'étais fait pour le combat. Deossan disait de moi, et pas en ma présence pour me préserver d'un éventuel excès de confiance que j'aurais pu avoir, que j'étais un virtuose. J'avais aussi hâte de revoir mes amis, si à l'issue de leur formation ils décidaient de revenir à la capitale.

En plus du guerrier que j'étais devenu, j'étais également devenu plus mature. Je découvrais aussi à quel point la vie pouvait être difficile pour la majorité des Elfes Noirs de l'ile. La grande majorité de mon peuple ne mangeait plus à sa faim désormais, mais s'épuisait toujours plus à la tâche chaque jour. Mon avis sur la question commençait à rejoindre l'opinion générale, bien que ce fût difficile pour moi de l'admettre, car Fleriss restait à mes yeux un membre de ma famille. Mais ma conviction, qui ne reposait pas vraiment sur des fondations très solides à ce moment-là, m'amenait à croire que Fleriss n'avait hélas pas volé son surnom, malgré tout le respect que j'avais pour elle.

Une seule de mes amis d'enfance était revenue à l'issue de sa formation : Sea Missaï. Oui, elle tenait à ce qu'on l'appelât par son nom complet, sauf pour ceux qui étaient très proches d'elle. Elle était la fille unique de Deossan, et donc une nièce de Fleriss.

Je découvrais comment en si peu de temps, Sea Missaï avait changé. Etait-ce du à sa formation ? Ou ma vision avait-elle été altérée par ma prise d'âge ? Je ne le saurai jamais. Mais elle n'avait jamais été aussi belle. Elle avait le visage fin, une silhouette gracieuse. Elle avait surtout de très beaux yeux verts, héritage de la famille de la Matriarche. Et enfin, une chevelure noire magnifique. C'était la première fois que j'étais subjugué par la beauté d'une de mes semblables. Suis-je objectif si je déclare qu'elle était la plus belle des Elfes Noires de l'ile ? Très probablement. Elle était, de plus, devenue une mage puissante à l'issue de ces douze Fingéliens.

Nos retrouvailles furent dans un premier temps cordiales. Elle était devenue, elle aussi, plus mature. Elle dégageait une certaine aura, un certain charisme, qui s'ajoutait à son charme naturel. Elle était devenue une Elfe Noire adulte à mes yeux. Nous nous retrouvions tous les jours durant plusieurs heures, simplement pour discuter. Puis, à mesure que les jours passaient, l'atmosphère devenait de plus en plus détendue entre nous. Nous nous amusions même de temps en temps à faire des démonstrations de ce que nous avions appris lors de nos formations. Mais, et je ne crois pas être trop modeste en disant cela, les siennes étaient tout de même bien plus impressionnantes.

Je crois que ce qui m'avait conquis chez elle pour terminer, c'était que ses principes, sa morale, sa perception de la mauvaise gestion d'Alfastra, et tout un tas d'autres détails concordaient avec les miens. Et je crois qu'à ce moment là, cela était réciproque chez elle.

En l'espace de quelques semaines, ma vie avait changé, car toutes mes pensées n'étaient dirigées que vers Sea Missaï. Je ne pouvais plus faire semblant, je devais lui avouer ce que j'avais sur le coeur. Ce fut d'ailleurs une déclaration pour le moins maladroite, et j'ai encore aujourd'hui un peu honte de la manière dont je m'y étais pris. Je ne vous détaillerai pas ce passage, mais retenez simplement que j'étais un guerrier, et non un poète. Sea Missaï m'avoua à son tour ses sentiments qui commençaient à naitre. C'est ce jour qui fut l'un des tournants de ma vie. Je venais de trouver l'Elfe Noire à qui j'allais dévouer ma vie, avant même ma Matriarche.
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Chapitre 3 : Rébellion

Sea Missaï m'avait autorisé à l'appeler simplement Sea. La relation qui me liait à elle se renforçait de jour en jour. Je crois que c'était la première fois que je découvrais ce sentiment qu'était l'amour.

En parallèle de cela, Alfastra vivait ses temps les plus horribles. En effet, les Elfes Noirs étaient dans la plus grande majorité en colère contre la Matriarche. Celle-ci recevait des critiques voire des menaces qui lui étaient directement envoyées par lettre. On pouvait voir graver sur certaines maisons ou parfois simplement sur le chemin certains messages comme "La Flétrissure est le mal", ou encore "Finissons-en avec la Flétrissure !".

La nourriture était devenue beaucoup trop chère. Les récoltes n'étaient pourtant pas mauvaises. La répartition des richesses de l'ile était simplement inégale. Le travail de mes semblables n'était pas récompensé à sa juste valeur. Les Elfes Noirs de l'ile étaient non seulement en colère, mais l'épuisement général se faisait sentir aussi. Ils maigrissaient physiquement à vue d'oeil.

Sea et moi, nous pensions que la majorité avait hélas raison. Cela était encore plus dur à accepter pour Sea qui était la propre nièce de la Matriarche. Cela dit, nous ne pouvions pas cesser de prêter allégeance à notre Matriarche aussi facilement, surtout pour nous. Nous regardions donc, impuissants, de jour en jour, la misère s'aggraver sur Alfastra.

Comme nous pouvions nous y attendre, les premiers actes de rébellion avaient finalement eu lieu. Des artisans volés, des récoltes pillées, parfois même des ateliers saccagés... Le peuple s'était en effet mal conduit. En tant que guerrier, j'étais missionné avec mes anciens maitres d'armes, dont Deossan, pour arrêter tout cela. En intervenant, je voyais dans les yeux de mes semblables qu'ils étaient excédés, mais je devais tant bien que mal faire mon devoir. Heureusement, nous avons évité qu'il n'y ait le moindre blessé, mais sans notre intervention cela aurait pu être totalement différent.

Ces actes devenaient de plus en plus fréquents. Presque un acte de rébellion par jour. Cela devenait insoutenable, pour mon peuple mais aussi pour la Matriarche. Je me souviens même avoir vu inscrit parfois le message "Mort à la Flétrissure !". Quelle était la bonne chose à faire ? Réprimander mon propre peuple, que je soutenais au fond de moi, ou trahir ma Matriarche ?

Suite à mes interventions pour contenir la détresse de mon peuple, je relatais toute cette misère que je voyais d'encore plus près à Sea chaque jour. Ces scènes que je lui décrivais la mettaient en colère, bien qu'elle restât toujours maitresse de ses émotions. Je la prenais dans mes bras dans ces moments-là. Quand j'étais en sa présence, elle arrivait elle aussi à m'apaiser. Nous avions besoin l'un de l'autre dans cette situation oppressante, où le peuple d'un côté s'éteignait à petit feu, et de l'autre où la Matriarche entretenait une mauvaise gestion de l'ile.

Sea et moi prîmes la décision de demander à être entendus par Fleriss. Nous ne savions pas exactement pourquoi nous étions convaincus qu'elle était la cause du malheur de mon peuple, mais nous allions essayer de comprendre comment Alfastra en était arrivé là. Nous allions en somme demander des comptes à Fleriss, malgré nos positions inférieures, et pensions que faire partie de sa famille allait nous permettre d'être entendus.
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Chapitre 4 : Entretien

Sea et moi avions été reçus de bon matin. La Matriarche n'était pas disposée à nous entendre dès notre arrivée, elle semblait très occupée. En effet, Fleriss était entourée de trois Elfes Noirs mâles, tous les quatre penchés sur des parchemins. Nous étions assez loin de la scène, mais nous entendions vaguement de quoi il s'agissait. Ils discutaient non seulement de la gestion des ressources de l'ile, mais aussi des actes de rébellions et de l'avenir de l'ile entre autre. Ce qui m'avait frappé, c'est que la Matriarche écoutait avec attention les trois Elfes Noirs qui semblaient la conseiller, comme une élève écoutait ses maitres. Elle n'avait presque jamais le temps de s'exprimer. La Matriarche finit alors par nous apercevoir au loin. Elle mit un terme à la discussion avec ses trois conseillers, et nous fit un signe de nous approcher. Mon regard croisa ceux des conseillers qui quittaient la pièce. Ils nous dévisagèrent, Sea et moi, avec un regard à la fois méfiant et malsain.

Cela faisait plusieurs Fingéliens que je n'avais plus vu Fleriss en personne. Son visage avait vraiment vieilli. Ses cheveux étaient devenus presque tous blancs. Elle semblait elle aussi, à mon grand étonnement, épuisée physiquement. Mais elle essayait tout de même de garder le sourire devant nous. Nous échangeâmes quelques paroles de bienséance, tout en cachant la relation qui me liait à Sea. Aux yeux de la Matriarche, Sea et moi étions de simples amis, comme jadis.

Puis nous entrâmes dans le vif du sujet. Nous essayions de comprendre comment Alfastra en était arrivé là. La discussion nous amena rapidement à parler des conseillers de la Matriarche. Fleriss était régulièrement conseillée par pas moins d'une douzaine d'Elfes Noirs, qui étaient tous de grands mages et de grands nécromants. Les trois que nous avions croisés avant notre entretien en faisaient certainement partie.

Sea et moi étions trop jeunes pour comprendre, sur le moment présent, tout ce que nous expliquait Fleriss. Mais ce que nous avions retenus de ses paroles, c'est que sans ses conseillers nous avait-elle affirmé, la Matriarche n'aurait pas pu tenir la situation, bien que celle-ci fût déjà proche de la catastrophe.

La vérité nous échappait à tous les trois. Par différents procédés, certains Elfes Noirs étaient parvenus à devenir détenteurs de la quasi totalité des ressources de l'ile, dont la nourriture. Certains avaient investis leur fortune pour s'accaparer les ressources, en proposant des prix alléchants aux récolteurs, pour les revendre ensuite aux commerçants et à la population à des prix bien plus chers. De plus, d'autres Elfes Noirs avaient eu l'idée de proposer tout un tas de services à la population pour s'enrichir sur son dos : des services de prêts, ou bien des services chers pour intervenir auprès de la population sur des problèmes qu'ils avaient eux-même créés, et bien d'autres. C'était un cercle vertueux pour ces escrocs, ils étaient tous de mèche : en s'enrichissant par ces méthodes malhonnêtes, ils pouvaient s'inscrire encore plus fortement dans cette logique d'achat et de revente des ressources primaires de l'ile.

La vérité, c'était donc qu'une poignée d'Elfes Noirs mal intentionnés volaient littéralement la population d'Alfastra, et étaient proches de la Matriarche pour la convaincre qu'ils étaient la solution à ces problèmes. C'était astucieux, il faut bien l'admettre. Ils étaient ceux qui allumaient le feu, et s'imposaient aux yeux de Fleriss comme étant ceux qui pouvaient l'éteindre. Elle était totalement manipulée par ses conseillers, complices de ces Elfes Noirs qui étaient la cause du malheur d'Alfastra depuis des Fingéliens désormais. Et Fleriss, devant l'horreur que devenait la situation d'Alfastra, ne voyait pas la cause du problème. Elle était aveuglée, dépassée par les événements.

Sea et moi n'étions pas en mesure d'être suffisamment incisifs à cette époque pour lui faire entendre raison. Mais nous pressentions que quelque chose n'allait pas. La Matriarche ne nous semblait pas détenir le pouvoir absolu, car nous comprenions que c'était la parole de ses conseillers qui devenait ensuite la sienne. Mais Fleriss était quand même convaincue que c'était la meilleure solution.

Sea et moi discutâmes de tout cela le soir même, dans son gite. Fleriss nous avait semblée sincère et convaincue de ce qu'elle nous avait expliqué. Mais nous avions sous estimé à quel point l'esprit est manipulable. Nous pensions en effet que Fleriss était du côté de ses conseillers, alors qu'elle n'en était que la marionnette. Elle avait le pouvoir légitime aux yeux des Elfes Noirs d'Alfastra, mais cela faisait des Fingéliens qu'elle ne l'exerçait plus elle-même. Sea et moi étions donc tombé dans le piège de croire que Fleriss était la principale responsable, sans réaliser à quel point nous étions loin de la vérité. En effet, pour nos jeunes esprits à cette époque, il était aisé de croire que Fleriss pouvait à tout moment se passer de ses conseillers et reprendre le destin d'Alfastra en main. Mais cela ne pouvait pas se faire, en réalité, sans passer par une catastrophe au sein de l'Alfastra, menant à l'effrondrement de toute l'organisation de l'ile pendant un temps indéterminé, et probablement à un bain de sang. En effet, ces êtres au fond mauvais avaient plantés leurs griffes trop profondément dans l'organisation de l'ile. Il aurait fallu commencer par démanteler une à une toutes leurs activités. Nous avons été victimes de notre jeunesse et de notre innocence.

Nous soutenions encore plus la population depuis ce jour, qui voulait que la Flétrissure quittât son rôle de Matriarche. Peut-être qu'une nouvelle Matriarche serait capable de se passer de mauvais conseillers, et de trouver une solution miraculeuse, pensions nous naïvement.

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Chapitre 5 : Elites

La Matriarche nous avait vraiment semblée fatiguée. Les actes de rébellions l'avaient grandement affectée. Et d'avoir osé se présenter à elle pour lui demander des comptes, sa nièce et moi-même, cela lui assena probablement le coup de grâce. Elle pensait avoir perdu la confiance de sa propre famille.

Quelques temps après notre visite, Alfastra était toujours dans un piteux état. Dès lors, Fleriss prit une décision surprenante, que certains qualifieraient de lâche, d'autres de courageuse : elle décida d'abandonner sa fonction de Matriarche. Etait-ce sa propre décision, ou était-ce ce que ses conseillers lui avaient suggéré ? Je ne le saurai jamais, mais je reste convaincu qu'elle était dépassée par les événements, et que ses conseillers avaient saisi l'occasion de lui faire prendre cette décision.

Afin de ne pas laisser l'ile sans personne pour la gouverner, et donc en attendant qu'une nouvelle Matriarche accédât au pouvoir, ce sont certaines élites guerrières, mages et nécromanciennes, dont les conseillers de Fleriss, qui prirent temporairement le pouvoir sur Alfastra, autoproclamées pouvoir de substitution. Ce groupe s'appelait sobrement les Elites. Je venais de terminer ma formation quelques temps auparavant, mais les élites guerrières, dont Deossan, insistèrent pour que j'intégrasse les Elites, qui serait au pouvoir pendant un temps indéfini. Sea, elle aussi, les intégra. Nous étions les deux plus jeunes de ce groupe, composé d'une vingtaine de membres. Les trois conseillers que nous avions vus les avaient eux aussi rejoint. Ce qui était amusant, c'est que malgré le matriarcat toujours en vigueur en principe, les Elites étaient composées exclusivement de mâles, à l'exception de Sea.

Fleriss quant à elle, afin d'être protégée des Elfes Noirs qui pouvaient avoir des envies de vengeance, fut enfermée, pour son bien pensaient les plus naïfs comme moi. Mais Sea n'aimait pas la tournure que cela prenait.

Au sein des Elites, il y avait deux préoccupations principales : contenir les rébellions s'il devait y en avoir de nouvelles d'une part, et d'autre part la question de qui succéderait aux Elites, ou plutôt l'avenir des Elites. Le sort à court terme des Elfes Noirs d'Alfastra était absent des discussions. Sea et moi, jeunes et bien seuls dans ce groupe, insistions pour trouver une solution pour aider mon peuple à survivre en ces temps difficiles. Nous ne fûmes pas entendus. Nous étions vus comme des esprits trop jeunes, illégitimes pour remettre en question la parole des plus anciens.

Les actes de rébellions continuèrent, bien évidemment. La situation ne s'était pas arrangée malgré la déchéance de la Matriarche. Sauf que cette fois, les Elites avaient une vision bien différente pour contenir ces actes de rébellions, en particulier chez les nécromants et chez les mages, à l'exception de Sea. J'ai ainsi pu assister au massacre de plusieurs de mes semblables, de la main des Elites mages et nécromanciennes. Le châtiment pour mon peuple d'avoir manifesté son manque de nourriture, c'était la mort. Je n'en croyais pas mes yeux. Voilà quelle était la vision de ces Elites mages et nécromanciennes pour rétablir l'ordre sur l'ile.

Tous les soirs, les Elites se réunissaient. Sea et moi étions atterrés de voir ce qu'ils étaient capables de faire à mon peuple. Et les guerriers de ce groupe, qui avaient été à mes côtés pour contenir les premières rébellions sans verser la moindre goutte de sang, ne semblaient pas non plus indifférents. Sea et moi nous sentions alors moins seuls.

Nous tentions de nous faire entendre pour cesser ces actes sanglants, et également pour trouver des solutions pour calmer la situation qui devenait de plus en plus chaotique. En effet, Alfastra était dès lors gouvernée par la peur. Et à mesure que les jours passaient, Sea, les guerriers d'élite et moi-même commençions à comprendre que la préoccupation du reste du groupe, plus nombreux, n'était pas de remplacer Fleriss par une autre Matriarche. C'était de s'imposer comme nouveau pouvoir, de manière permanente.
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Chapitre 6 : Scission

Les actes de rébellions étaient de moins en moins nombreux, car la plupart de mes semblables étaient devenus tétanisés par la peur. Pour la première fois depuis longtemps, des Elfes Noirs d'Alfastra mouraient de faim. Les Elites, elles, ne souffraient aucunement de ce manque de nourriture. Ils étaient les complices, voire pour certains les mêmes acteurs, de cette gestion de l'ile, hormis les guerriers, Sea et moi.

Les Elites commençaient à voir en son sein deux groupes distincts : le mien, avec Sea et les quelques guerriers d'élite dont certains avaient contribué à ma formation, dont Deossan, et le reste, composés des Elites mages et nécromanciennes. Désormais, ceux que je considérais comme ennemis de mon peuple et ce deuxième groupe ne faisaient plus qu'un. Ils étaient ceux-là même qui étaient proches de Fleriss et qui l'avaient conduite à prendre les décisions qui ont mis Alfastra dans cet état.

Je commençais à comprendre que la Matriarche avait simplement été abusée, dupée par d'autres Elfes Noirs malveillants, qui ne cherchaient pas le bien commun de mon peuple, mais leur propre intérêt. Je commençais, oui, à regretter d'avoir soutenu la déchéance de Fleriss. Et mon groupe ressentait la même chose. Car c'était bel et bien l'autre groupe qui espérait la chute de la Matriarche pour la remplacer. Nous le réalisions trop tard.

Nous ne comptions pas nous laisser faire pour autant. Ce qui était fait ne pouvait être défait, mais nous avions encore des moyens d'agir. Nous étions toujours membres des Elites, la scission n'étant pas du tout officielle. Nous insistions pour conserver le matriarcat, et pour qu'il ne fût pas gangréné par des rapaces tels que les Elites mages et nécromanciennes qui gouvernaient par la peur, et qui n'arrangeaient absolument pas la situation désastreuse d'Alfastra.

Nous commençions, pour notre grand malheur, à être pris au sérieux.

En l'espace de quelques jours, des rumeurs circulèrent. Mon groupe de guerriers, Sea et moi, étions diffamés dans tout Alfastra. Les Elfes Noirs, mon propre peuple, commençaient à croire en ces mensonges. Certains disaient par exemple que ceux qui versaient le sang lors des actes de rébellions n'étaient autres que les élites guerrières. Une foule affamée est capable de croire les histoires les plus invraisemblables telles que celles-ci.

Il nous semblait évident que ces rumeurs étaient colportées par les Elites mages et nécromanciennes. Ils voulaient que nous perdissions le soutien des Elfes Noirs. Voilà jusqu'où peut s'étendre la fourberie des Elfes Noirs.

Nous autres guerriers, accompagnés de Sea, prîmes alors la lourde décision de renverser ces Elites. Si combat il avait du y avoir, nous l'aurions probablement perdu, mais nous préférions cela à être simplement victimes de leurs mensonges. Nous préférions cela à laisser l'ile entre leurs mains.
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Chapitre 7 : Arrestation

Sea et moi étions dans son gite, le soir où la décision de renverser le deuxième groupe d'élite fut prise. Nous devions simplement nous regrouper le lendemain au petit matin, les guerriers d'élite, Sea et moi, afin d'arrêter par la force les autres élites. Nous les aurions enfermés, et aurions libéré Fleriss, en essayant de lui faire entendre raison sur la cause du malheur d'Alfastra. La malveillance de ses conseillers et leurs amis était avérée désormais.

Je serrai Sea contre moi. J'avais le pressentiment que ce combat était perdu d'avance. Je ne voulais pas la perdre. Mais elle se montra plus courageuse et plus optimiste que moi. Avec ses paroles, je commençais à croire que le mal pouvait être vaincu, et que la prospérité allait refaire surface sur Alfastra.

Elle faisait preuve d'une si grande sagesse. A un tel point que l'idée que Sea devienne un jour notre nouvelle Matriarche me traversa l'esprit. Elle était de la famille de Fleriss, il aurait été naturel qu'elle lui succédât. Les nièces et neveux de la Matriarche, qui étaient tous mes amis jadis, n'étaient jamais revenus à la capitale, comme si le sort de l'ile ne les intéressait plus. Seule Sea était revenue. Elle présentait, de plus, de nombreuses qualités qui auraient fait d'elle l'une des plus brillantes Matriarches de l'histoire des Elfes Noirs d'Alfastra.

Cependant, après lui avoir partagé cette pensée, Sea m'affirma qu'il n'en serait jamais ainsi. Elle ne désirait pas le pouvoir. Elle souhaitait simplement que notre peuple vécût dans l'abondance et le bonheur, et non dans la misère et l'agonie. Elle avait une forte dévotion pour notre peuple. Mais une leçon m'avait été enseignée au sein des guerriers. Cette leçon, c'était que le propre d'une mère juste est de ne point vouloir gouverner. C'était exactement le cas de Sea. C'est pour cela qu'à mes yeux, elle aurait été une Matriarche exemplaire.

Cette leçon s'appliquait également, à l'inverse, au deuxième groupe d'élites. Ces escrocs, ces voleurs, ces manipulateurs, ces assassins, tous désiraient le pouvoir. Ils voulaient s'y maintenir, et mettre un terme au matriarcat. Le matriarcat n'est pour moi non pas un moyen d'asservir les Elfes Noirs, mais au contraire de les protéger. Comme une mère protégerait ses enfants. Désormais, Alfastra était privée de mère, et laissée aux mains de véritables bandits.

Cet autre groupe d'élites n'était pas dupe. Il savait ce que nous préparions. Nous préparions purement et simplement de les mettre à l'écart, non pas pour prendre le pouvoir, mais pour réellement servir Alfastra. Nous avions aussi perdu le soutien d'une grande partie de nos semblables, suite aux rumeurs que ces Elites s'étaient chargés de faire circuler. Il est incroyable de voir à quel point il est aisé de manipuler une foule au bord du désespoir. Vivant dans la misère, mon peuple était devenu aveugle, jusqu'à croire que les guerriers d'élite, Sea et moi étions la cause de son malheur.

Nous pensions frapper les Elites les premiers. Mais ils étaient plus nombreux, avaient le soutien du peuple, et étaient bien plus fourbes. Ils nous prirent tous par surprise. Chacun des guerriers de mon groupe fut encerclé chez lui, la nuit. Deossan fut capturé lui aussi. Tous furent faits prisonniers.

Sea et moi étions toujours éveillés cette nuit là, lorsque qu'un groupe de deux nécromants et deux mages fracassèrent la porte d'entrée du gite. Nous étions en état d'arrestation. Je crois aujourd'hui que je pouvais aisément venir à bout, aidé de Sea, de ces crapules. Mais j'avais peur pour ma Sea. Je ne voulais pas la forcer à se battre, bien qu'elle fût courageuse. Cela aurait été dangereux pour sa vie. Nous nous sommes donc rendus sans résister.

Nous avons été enchainés, et enfermés dans une prison. Probablement là où résidait Fleriss. Nous n'en savions rien, nous ne savions pas ce qu'elle était devenue. Avait-elle été enfermée, ou simplement exécutée ? Plus rien de m'aurait étonné de la part de ces êtres perfides. C'est aussi là qu'étaient détenus mes anciens maitres d'armes. J'ai aperçu Deossan, enfermé lui aussi. C'était la première fois que quelqu'un osait porter atteinte à son intégrité physique. Il avait du se défendre, car il semblait mutilé. Sea, voyant son père dans cet état, ne pouvait plus retenir ses larmes. Elle était si forte, mais elle ne pouvait pas rester de marbre devant cette scène. Et voir Sea dans cet état m'attristait d'autant plus. Je réalisais l'ampleur de notre échec.

Je fus séparé d'elle, isolé dans le noir. La nuit fut longue, en attendant de savoir ce qu'il allait advenir de nous tous. Ce qu'ils allaient faire à Sea. Je ne supportais pas l'idée qu'il pût lui arriver malheur. Lorsque les premiers rayons du soleil apparurent, l'un des anciens conseillers de Fleriss vint me chercher. L'un de ceux qui nous avaient dévisagés plusieurs jours auparavant.
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Chapitre 8 : Destin scellé

Nous fûmes emmenés sur une place publique, tôt le matin. Un grand nombre d'Elfes Noirs étaient présents. Ils avaient été mis au courant que des traitres allaient être exécutés. Car en effet, c'était le sort qui nous était réservé. Et mes semblables, mon peuple, le souhaitaient eux aussi. Ils étaient convaincus qu'une partie de leur malheur se dissiperait en même temps que nos vies, à mes frères d'armes, à Deossan, à Sea et à moi. Notre sort était scellé.

Les accusations furent prononcées par l'un des conseillers de Fleriss que nous avions croisé lors de notre entretien avec la Matriarche. Il semblait satisfait de nous avoir finalement mis à l'écart. De nous condamner à mort. Nous fûmes tous accusés d'avoir comploté contre le peuple et contre les Elites.

Les guerriers furent également accusés de divers crimes commis lors des actes de rébellions, moi y compris, alors que ces crimes étaient uniquement l'oeuvre de l'autre groupe d'élites. Mais ce furent les mains de mes anciens maitres d'armes et les miennes qui furent couvertes de ce sang. Deossan lui-même, qui détenait la confiance de tous les Elfes Noirs jusqu'alors et qui n'avait jamais porté la main sur son peuple, fut accusé d'avoir exécuté de sang froid plusieurs d'entre eux lors des actes de rébellions. C'était une inversion accusatoire totale. La raison pour laquelle les Elites voulaient vraiment nous exécuter était sans doute parce que nous aurions finalement pu, si nous avions été mieux organisés, prendre le dessus sur eux. Nous étions trop dangereux. Il fallait nous éliminer.

Sea, quant à elle, fut accusée de pratiquer sa magie pour altérer l'esprit de l'ancienne Matriarche, la conduisant à une gestion de l'ile désastreuse, et ce dans le but de l'évincer, pour ensuite évincer les Elites et prendre le pouvoir par la force. Monstruosité ! Jamais Sea n'aurait fait une chose pareille ! Elle ne voulait pas du pouvoir, elle ne cherchait qu'à aider son peuple, et n'aurait jamais eu recours à la magie pour y parvenir ! Mais c'est pourtant ce qui fut prononcé. Entendre cette accusation si facilement acceptée par mes semblables me désespéra. La pitié que j'avais pour eux commençait même à disparaitre suite à cela. On venait de salir ma Sea, et mon propre peuple acceptait ces calomnies. Ces Elites voyaient probablement en elle, tout comme je le voyais moi-même, une Matriarche en devenir, qui aurait mis un terme à leurs sales activités. C'était pour cela qu'ils voulaient la tuer.

Les exécutions commencèrent, finalement. Les Elites prirent un malin plaisir à demander à la foule, mon peuple, de quelle manière devait mourir chaque prisonnier. Alors je voyais ceux qui m'avaient formé au combat, enchainés, se faire tantôt tuer par des animaux enragés sous le contrôle de nécromants, tantôt trucider par de la magie. Le spectacle ravissait cette foule, avide de vengeance, regardant ceux qu'ils pensaient être les auteurs de leur malheur périr les uns après les autres, et ce dans une douleur atroce. Je vis mon ancien maitre d'armes Deossan, le frère de la Matriarche, se faire dévorer par des animaux assoiffés de sang, à l'image de leurs maitres nécromants. Sea et moi étions réservés pour la fin. Nous n'avions pas d'autre choix que de regarder mourir les nôtres un par un. Oui, assister à toutes ces morts, ce fut la punition que l'on nous imposa. Sans doute parce que nous étions les premiers à avoir osé défier l'autorité de ces Elites et remis en question leur projet de domination sur Alfastra.

Sea restait sereine, même devant la mort de son père Deossan. Elle n'avait pas peur de la mort. Quel courage. Jusqu'au bout, j'aurai été admiratif de celle que j'ai aimé. Mais je réalisais que je vivais les dernières minutes où je pouvais ne serait-ce que la regarder. Puis, ce fut à son tour d'être amenée au centre de la place, sur le lieu de sa mort. J'essayais de me montrer digne jusqu'à son dernier souffle. Mais lorsque la vie quitta ses yeux, sous le coup de ses bourreaux, une profonde rage m'envahit. J'étais enchainé, incapable de bouger, et ce fut la première fois que mes émotions prirent le dessus. Un mélange de hurlements, de larmes, de désespoir. Le tout agrémenté de rires de ceux qui allaient me tuer, de moqueries de la foule, et du sang de Sea qui commençait à s'écouler sur le sol, rejoignant celui de Deossan et des autres.

J'étais totalement vidé. Je n'avais plus rien en moi, je venais de perdre ma raison de vivre. Je venais de perdre Sea. Alfastra était condamné à vivre des temps terribles, mon combat était perdu, mais quelle importance ? Il ne me restait plus longtemps à vivre, et je n'en avais plus envie. J'avais abandonné.

On m'amena là où jonchaient les cadavres de mes compagnons, et de ma Sea. Je fermai les yeux, attendant la mort. Mais une chose à laquelle je ne m'attendais pas arriva.
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Chapitre 9 : Voyage inattendu

Dans mon esprit, tous les regrets se bousculaient. Les regrets d'avoir douté de ma Matriarche, les regrets d'avoir intégré un groupe qui se substituait au pouvoir, les regrets de m'être immiscé dans les affaires qui ne me regardaient pas, les regrets de ne pas m'être battu le jour de notre arrestation, les regrets de ne pas avoir profité de ma vie aux côtés de Sea...

Certains parleraient de miracle, comme certains parleraient de malédiction, mais le sort qui m'était réservé fut altéré. Mes bourreaux, loin d'avoir pitié de moi, prirent la décision de me réserver un destin plus horrible que la mort. Ils décidèrent de me condamner à vivre à même l'enfer, ce que l'on nous racontait étant enfant pour nous effrayer : un exil sur les ilots centraux. Je ne représentais plus une menace pour eux, car j'étais seul. Ils venaient de tuer tous les autres. J'étais désormais un loup solitaire, qu'ils préféraient torturer plutôt que de le laisser mourir.

Cette déclaration fut criée devant la foule, qui après un certain silence, finit par applaudir. Mon propre peuple me condamnait à quelque chose de pire encore que la mort, être envoyé sur les ilots centraux. J'avais aisément accepté la mort, devant le désespoir de la situation et ayant perdu Sea, mais entendre cela me glaça le sang.

Je tentais tant bien que mal de rester digne, sans laisser transparaitre la terreur en moi de devoir vivre cette épreuve. Mais des larmes coulèrent à nouveau. Je fus assomé, bien trop longtemps qu'il s'agisse d'un simple coup derrière la tête. Je pense aujourd'hui qu'un sort de magie me fut jeté, car j'avais l'impression de ne m'être réveillé qu'après une très longue période.

A mon réveil, j'étais dans une barque, seul, avec mon épée de combat. J'étais proche d'une terre. Il s'agissait de Séridia. J'étais désormais très loin d'Alfastra. Je réalisais que j'allais devoir réellement affronter cette malédiction. Je ne pouvais même plus m'échapper par la mort.

Je suis resté dans ma barque des jours entiers, à repenser en boucle aux récents événements que je venais de vivre. Je pensais même finir par mourir de faim. Puis je me ressaisis. Si j'avais été envoyé ici, cela ne devait pas être un simple châtiment. Je devais saisir l'opportunité de ne pas avoir été tué. Je me jurai alors de relever le défi des ilots centraux, d'y survivre, et d'un jour retourner sur mon ile natale pour y apporter l'ordre, abattre les Elfes Noirs qui avaient saccagé et allaient continuer de saccager la vie de mon peuple. En effet, je comptais bien tous les sauver. Et remettre une matriarche au pouvoir. Plus que jamais, je comptais défendre le matriarcat pour empêcher que les Elfes Noirs ne se retrouvassent à nouveau confrontés à ce cauchemar.

Sur ces ilots centraux, où je n'avais aucun repère, aucun allié, et probablement une foule d'ennemis dont je ne connaissais rien, je n'avais que la rage de venger ma Sea, de venger les miens, la barque qui m'avait amené ici, et mon épée de combat. Cette épée, en souvenir de celle à qui j'avais dévoué ma vie, je la rebaptisai Sea. Elle serait avec moi tout au long de mon aventure en ces terres maudites. C'est grâce à Sea que j'allais survivre.
Dernière modification par Minoth le 22 déc. 2023, 23:51, modifié 1 fois.

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Epilogue

L'histoire qui vient de vous être contée peut vous sembler injuste, voire tragique. C'est pourtant ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Cela m'a endurci. Désormais, je suis un Elfe Noir dévoué pour mon peuple, comme je l'ai toujours été. Mais je ne suis plus l'Elfe Noir qui a pu vous sembler faible durant ce récit. Je ne laisserai plus mes semblables vivre de telles mésaventures. Et pour cela, je n'hésiterai pas un seul instant à devoir verser le sang des ennemis de mon peuple. Le souvenir de Sea demeurera à jamais en moi. Et tant que je manierai l'épée, j'aurai Sea à mes côtés.

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