La Larme-Azur.

Contes et récits historiques des Ilots et du continent.
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Suliane
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La Larme-Azur.

Message par Suliane »

Voici le conte de la Larme-Azur que m'a fait parvenir Adonis.

Quand les premiers Bleus accostèrent les Landes Eternelles, après avoir laissé leurs amis Sauriens, ils mirent le pied dans le grand désert central qui constitue depuis lors leur territoire. Ils acceptèrent sans chigner ce splendide désert, habitués à ces conditions de vie, puisque leur peuple d'origine, qu'ils avaient fui, vivait dans le désert. Mais il restait cependant un élément primordial : trouver une source d'eau et une oasis pour s'y établir, et vivre.

Tin et les siens, persuadés qu'ils en trouveraient aisément, sans se douter de la grandeur du désert, se lancèrent ensemble dans une longue traversée de l'étendue ensablée, à la recherche d'une oasis. Mais après quelques jours de marche sans trouver d'oasis, ils comprirent leur erreur, quand, à court d'eau et assoiffés, ils prirent la décision de faire demi tour, dépités de n'avoir rien trouvé, et se perdirent.

Commença alors le cauchemar : les plus jeunes et les plus âgés du groupe se mirent à tomber, petit à petit, déshydratés et épuisés. La longue marche se fit procession funèbre et cris et chants de désespoir étaient devenus le quotidien des explorateurs naïfs, qui arrivèrent rapidement à la conclusion que c'en était fini d'eux, que ce désert était bien inhospitalier, et qu'ils l'avaient mésestimé.

Un jour, alors que le groupe décimé avait fait halte au pied d'une grande dune, pour compter ses morts, boire les dernières gouttes d'eau des gourdes et prier que le sort se retourne en leur faveur, Tin s'éloigna du groupe et escalade la dune, seul. Désespéré par le sort terrible de son embryon de peuple, il se mit à entamer, entrecoupé de larmes, une longue, mélancolique mais splendide litanie pour en appeler à l'aide de la Voix Divine, la divinité qu'ils vénéraient depuis leur mise à l'écart dans leur terre d'origine. Regardant le ciel sans nuage et le soleil impitoyable, il s'écria en chantant "Ô Azur sans limite et sans pitié, pourquoi ne pas te laisser, aux larmes, t'épancher?".

Après presque une heure de litanie, il s'écroula à genoux, épuisé, les poings dans le sable, ses larmes ne s'arrêtant guère. C'est alors qu'au travers des larmes, il s'aperçut que sous le sable durci par celles-ci, une lueur bleue était apparue, donnant à l'eau qui s'écoulait de ses yeux, une teinte bleutée. "L'Azur nous refuse ses larmes, mais le Désert teint mes larmes à sa cruelle apparence? Ah, quelle ironie! Les deux compères de sècheresse se sont ligués contre nous", chanta Tin.

Sa curiosité redoubla, lorsque le sable durci, au contact de ses nouvelles larmes, se mit à se fissurer et à trembler comme s'il cachait une créature vivante. C'est alors que surgit du sable une pierre bleutée, vibrante et frémissante à chaque larme coulant sur son contour. De surprise, Tin interrompit son chant et ses pleurs, et la pierre redevint inerte.

Tin découvrit par la suite rapidement la magie qui expliquait ce phénomène : la pierre bleue, au son de son chant, le reproduisait, l'amplifiait et se mettait à réagir au contact de la moindre source d'humidité. Conscient du cadeau inestimable qui lui était fait, il se mit à reprendre son chant, sans les pleurs cette fois-ci, et à observer la pierre. Rejoignant son groupe de marcheurs agonisants, il leur fit signe de le suivre. Armé de la pierre, aidé de ses compagnons reprenant son chant, il se mit à ressentir les vibrations de la pierre et se fia à elle comme guide. Arrivé à un point où la pierre vibrait à en secouer ses mains, il la laissa choir dans le sable, et vit avec stupeur qu'au son du chant ininterrompu, la pierre s'enterrait. Faisant signe à ses voisins de redoubler l'effort du chant, ils sentirent alors tous le sol trembler et le virent s'ouvrir, laissant la place à un joyeux et globuleux geyser d'eau.

Tin avait découvert la puissance de cette pierre bleue, qui combinée à son chant, avait vêtit le costume du bâton de sourcier. Et en ce lieu où pour la première fois une pierre bleue fut utilisée, Tin décida de fonder le premier campement Homme Bleu des Landes Éternelles. Quelques jours après, il revint sur les traces de sa trouvaille, et creusant le sable, il découvrit un sol rocheux, qui en son sein, hébergeait de nombreux gisements de la pierre bleue. Criant victoire et remerciant son dieu, il en fit extraire plusieurs que son peuple put par la suite utiliser pour découvrir d'autres sources d'eau et faire naître d'autres oasis. En souvenir de sa découverte, l'on appela cette pierre "Larme-Azur", et on lui associa le chant de Tin.

Quelques mois plus tard, celui qui fut le premier des Bleus non muets s'éteignit, épuisé par une vie bien remplie. Avant son dernier souffle et son dernier échange, mythique, avec l'un de ses compagnons d'origine (celui du texte), il confia aux siens qu'il était convaincu que cette pierre, devenue le symbole du désespoir Bleu d'origine et de son espoir futur, recelait bien d'autres secrets.

Et raison lui fut donnée. L'on découvrit que cette pierre Larme-Azur n'était pas un simple outil de sourcier, mais qu'au contact de différents objets, elle pouvait tantôt émettre des vibrations insonores, tantôt des sons puissants, aux multiples pouvoirs. Au contact d'autres objets magiques ou naturels, elle pouvait tout à coup aussi bien séduire des victimes, détruire d'autres objets ou rendre fou, mais bien plus encore.

La pierre, aussi puissante soit-elle, fut oubliée, et ce pour deux raisons : sa rareté d'une part ; mais, d'autre part, le fait que les Bleus comprirent bientôt qu'avec leurs agiles cordes vocales, ils avaient toutes les capacités d'émettre les mêmes sons ou vibrations que les pierres. Ainsi, en copiant les réactions des pierres grâce à leur organe vocal, ils acquirent de puissants pouvoirs : séduction, destruction et bien d'autres.

La Larme-Azur avait tari les pleurs du peuple Bleu, et l'avait non seulement sauvé d'un désert inhospitalier, mais lui avait conféré aussi de nombreux pouvoirs ainsi que l'inspiration pour de nombreux et magnifiques chants. La pierre devint légende.
Suliane de Siriel,
ANGE


(Avatar dessiné par Feydreyah, merci !)

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